Le canon GIAT CN120-26/52 du Leclerc reste l’un des tubes les plus performants montés sur un char occidental. Sa cadence de tir de 6 coups par minute, rendue possible par un chargeur automatique à 22 coups prêts, place le Leclerc dans une catégorie à part face aux chars à chargement manuel, où la fatigue du pourvoyeur dégrade le rythme dès les premières minutes d’engagement.
Canon CN120 du Leclerc : balistique et munitions disponibles
Le CN120-26/52 tire en 120 mm lisse, calibre OTAN standard. La compatibilité avec les munitions alliées existe sur le papier, mais la chaîne de chargement automatique impose des contraintes dimensionnelles strictes sur les obus employés.
A lire aussi : 3 conseils simples pour sécuriser son système d’information
Le parc munitions comprend des obus flèche (APFSDS), des charges creuses et des explosifs polyvalents. La capacité d’emport totale atteint 40 obus dont 22 en nuque de tourelle, accessibles sans intervention humaine. Ce point est déterminant : un Leclerc peut enchaîner 22 tirs sans pause de réapprovisionnement du barillet, là où un Leopard 2 dépend de la rapidité de son pourvoyeur dès le premier coup.
L’ajout récent d’une munition canister anti-drone change la donne. Ce projectile disperse environ 1 100 billes de tungstène à environ 1 410 m/s dans un cône, avec une portée efficace annoncée d’environ 500 m pour l’interception de drones. Lors de tests à Abu Dhabi, un Leclerc a abattu un drone en vol avec ce type de munition, transformant le canon principal en arme de défense aérienne rapprochée.
Lire également : 3 prestataires d’hébergement web qui en valent le coup

Système de conduite de tir du Leclerc XLR : capteurs et architecture numérique
Le standard XLR ne se limite pas à un rétrofit cosmétique. L’ensemble optronique a été revu autour de composants modulaires fournis par Thales Optronics.
- Caméra thermique modulaire de nouvelle génération, remplaçable en opération sans retour en atelier lourd
- Télémètre laser HL-58 couplé au calculateur balistique pour des engagements à portée maximale de 4 000 m en roulant
- Viseur panoramique chef HL-70 offrant une capacité hunter-killer : le chef de char désigne la cible suivante pendant que le tireur engage la première
- Viseur tireur HL-60 stabilisé, interfacé avec les systèmes de guerre électronique du véhicule
Cette architecture permet au Leclerc d’être le seul char occidental capable de tirer sur une cible fixe à 4 000 m en déplacement, selon les données du ministère des Armées. Nous observons que cette capacité, souvent citée comme argument commercial, repose autant sur la stabilisation de la tourelle que sur le calculateur balistique embarqué. Sans l’un des deux, la précision en mouvement chute drastiquement.
Hunter-killer et temps de réaction
Le mode hunter-killer du Leclerc XLR raccourcit le cycle d’engagement. Le chef de char, via le HL-70, verrouille une cible pendant que le tireur finalise son tir en cours. Le transfert de désignation est quasi instantané.
Sur le terrain, ce mode réduit l’intervalle entre deux engagements successifs à quelques secondes. Face à des groupes de véhicules blindés ou à des menaces multiples, c’est un avantage tactique concret qui compense l’équipage réduit à trois membres (chef de char, tireur, pilote).
Leclerc contre drones : adaptation du canon 120 mm à la guerre multi-couches
L’essai d’Abu Dhabi a démontré une capacité que personne n’avait intégrée dans la doctrine d’emploi du Leclerc jusqu’ici. Le système de tir peut traiter des cibles aériennes rapides et de petite taille, ce qui dépasse largement le cahier des charges initial du char.
La munition canister ne remplace pas un système de défense antiaérienne dédié. Sa portée reste limitée à environ 500 m, et le cône de dispersion impose un pointage relativement précis. En revanche, elle offre une réponse immédiate contre les FPV kamikazes qui frappent à courte distance, sans dépendre d’un système tiers.
Le Leclerc XLR présenté à Eurosatory 2026 intègre aussi une cage anti-drone montée sur la tourelle. Cette protection passive complémentaire vise à déclencher les charges creuses des FPV avant qu’elles n’atteignent le blindage principal. L’association d’une munition canister tirée par le canon principal et d’une cage passive constitue une défense anti-drone à deux niveaux rarement vue sur un char occidental.

Leclerc face au Leopard 2 et à l’Abrams : ce que le canon change
Les trois chars tirent en 120 mm lisse. La différence ne se situe pas dans le calibre mais dans la chaîne de tir complète.
Le chargeur automatique du Leclerc supprime le quatrième membre d’équipage. Cela réduit le volume interne nécessaire, donc la silhouette du char (masse d’environ 57 tonnes contre plus de 60 pour ses concurrents directs). Un char plus léger est aussi un char plus déployable par voie aérienne et ferroviaire, un critère que l’armée française valorise pour ses opérations expéditionnaires.
En contrepartie, la panne du chargeur automatique prive le Leclerc de toute capacité de tir. Sur un Leopard 2, le pourvoyeur humain continue à alimenter le canon même en cas de défaillance électronique. Ce compromis, accepté dès la conception dans les années 1980, reste le talon d’Achille du système.
Cadence soutenue et fatigue d’équipage
Sur un engagement prolongé, le chargeur automatique maintient une cadence constante de 6 coups par minute sans dégradation. Un pourvoyeur humain, même entraîné, voit sa cadence chuter après une dizaine de minutes d’engagement intense. Le Leclerc conserve donc un avantage net dans les phases de combat soutenu.
Le programme CAPINT de KNDS, successeur annoncé du Leclerc, conserve le principe du chargement automatique mais avec un canon de calibre supérieur. Les essais de tir en roulant du démonstrateur ont été diffusés récemment, confirmant que la doctrine française reste attachée à l’automatisation de la chaîne de tir pour les décennies à venir. Le canon du Leclerc, conçu il y a plus de trente ans, a posé les bases d’une approche que ses successeurs ne font qu’affiner.

